5. L'édition numérique et le livre numérique

1. L'histoire 2. L'édition pédagogique 3. Les enjeux du livre numérique  4. Les supports (liseuse - tablette)  5. Le marché 6. La vente 7. De nouveaux éditeurs  8. De nouveaux contenus 9. De nouvelles pratiques 10. L'avenir

  L’édition numérique est aujourd’hui incarnée par le livre numérique, lisible sur des liseuses (on disait encore il ya peu, des « readers ») ou des tablettes, lesquelles seraient en passe de transformer le marché américain du livre et très prochainement le public français. Éditeurs, libraires mais aussi revues et monde de la presse s’y préparent, parfois dans de douloureuses interrogations sur leur avenir.

Ce livre numérique est l’aboutissement, du côté de la diffusion massive et directe vers le grand public, d’un vaste mouvement commencé dans les années 70, qui a vu progressivement l’informatique s’introduire dans tous les rouages de l’édition. Laquelle a connu une véritable mutation numérique, advenue d’abord dans la création des ouvrages, avec la publication associée par ordinateurs (PAO) et la création des bases de données textuelles pour les annuaires et encyclopédies, puis dans leur fabrication (transferts des fichiers et impression numérique), le remplacement de certains types d’édition autrefois sur papier par des supports sur cédéroms ou DVD puis sur Internet (outils bibliographiques, encyclopédies et dictionnaires), et enfin la vente de livres sur Internet. Parallèlement, les éditeurs investissaient fortement Internet pour y présenter leurs catalogues, jouant de la séduction du multimédia et du formidable relais d’information que ces sites leur offraient.

La dernière étape est donc celle de la lecture sur des supports portables.

 


1. Histoire (rapide) de l’édition « multimédia » sur cédéroms ou DVD

 

 


La première étape visible aux yeux du grand public de ce passage progressif à l’édition électronique a été l’apparition de produits multimédia,  intégrant du texte, du son (voix, musique ou autres) et de l'image (graphique ou photographique, fixe ou animée) et lisibles sur des ordinateurs, soit directement en ligne via Internet, soit sur des supports (cédéroms, DVD et quelques autres supports « historiques » tel le laser disc). Le multimédia réunissait donc les compétences des secteurs du livre, de l'audiovisuel et de l'informatique et obligeait ses éditeurs à composer des équipes de professionnels diversifiés.

Les deux supports populaires que sont les cédéroms et les DVD existent encore aujourd'hui :

le cédérom (Compact disc read only memory ou disque optique compact), apparu en 1985, d'un diamètre de 120 mm, qui peut stocker 270 000 pages ou 72 minutes d'images animées et que se lit sur un micro-ordinateur. Il est surtout utilisé pour les banques de données textuelles, les dictionnaires et les encyclopédies (dans ce dernier cas, l'apport de l’image et du son se révèle très heureux).

le DVD (Digital Versatile Disc) qui offre une qualité meilleure de l'image et du son que le cédérom mais une capacité de huit fois supérieure. Outre son usage pour y enregistrer des films, le DVD peut être utilisé par des éditeurs. L’Encyclopædia Universalis , par exemple, tient sur un seul DVD a lo rs qu’elle a besoin de plusieurs cédéroms.

Ces supports ont été en premier lieu adoptés par les éditeurs d’encyclopédies et de dictionnaires, mais d’autres éditeurs y ont lancé des produits divers : par exemple, Flammarion avait produit des cédéroms d'astronomie et d'obstétrique,  Gallimard (en coédition avec Larousse)  avait publié un voyage encyclopédique en plusieurs cédéroms qui utilisait le formidable stock d'images constitué pour l'édition de la collection Découvertes, ainsi que d’autres cédéroms essentiellement destinés à la jeunesse, ou encore en DVD les cours du philosophe Gilles Deleuze, une série en coproduction avec le CNRS et France 5 sur les grands chercheurs d’aujourd’hui (« Circo / La recherche nous est contée »). Enfin Hachette, tant en France qu’en Europe, accompagnait l’édition de ses manuels scolaires avec leurs compléments sur cédérom ou sur Internet.

D’autres éditeurs, ne venant pas du livre, s’étaient inscrits dans ce marché du cédérom : éditeurs de logiciels (Arborescence, Infogrammes, Millemédias, Jériko, sans parler de Microsoft),  entreprises d'électronique et d'informatique (IBM, Apple, Philips, Sony...) et entreprises de communication  (France Télévision, TF1), ce qui déjà posait la question de la place des éditeurs traditionnels de livres dans ce nouveau marché.

Mais ces produits sont même de moins en moins nombreux à être publiés : les éditeurs proposent plutôt aujourd’hui des produits directement accessibles en ligne sur Internet (par exemple, les  encyclopédies qu’elles soient gratuites ou payantes) tandis que les éditeurs s’adressant au marché scolaire construisent des portails éducatifs proposant ressources, jeux, informations diverses…




2. L’édition pédagogique ou encyclopédique en ligne

Portails pédagogiques et diffusion de manuels scolaires numériques



De nombreux portails éducatifs, les uns gratuits, les autres payants, commencent à se mettre en place sur Internet.

kidmalin http://www.kidmalin.com/

http://www.sesamath.net/ (Diffusion gratuite des ressources pédagogiques et des outils professionnels utilisés pour l'enseignement des Mathématiques via Internet)

s

http://www.scholarvox.com/ la plateforme qui donne à la bibliothèque numérique de Cyberlibris un aspect communautaire.

Les deux grandes plates-formes numériques de diffusion qui fonctionnent aujourd’hui en France ont encore un volume de vente extrêmement faible :

Le canal numérique des savoirs : http://www.cns-edu.net/


Le Kiosque numérique de l’éducation : http://www.kiosque-edu.com/ créé avec la collaboration d’Hachette et de divers éditeurs.


Si ces portails éducatifs existent, en revanche, il faut constater que le marché numérique des manuels scolaires demeure encore très faible, les éditeurs mettant en cause le retard et l’hétérogénéité de l’équipement informatique des établissements mais aussi le faible intérêt des enseignants. De plus, contrairement aux pays anglo-saxons qui investissent largement dans les contenus numériques, les financements français sont faibles. Il existe donc de grandes marges entres les plates-formes françaises et celles des pays de langue anglaise (voir par exemple, la plate-forme payante « Dynamic learning » - http://www.dynamic-learning.co.uk/ - créée par Hachette, en Grande Bretagne, qui permet à tout enseignant d’adapter ses manuels à sa classe avec des compléments personnels). Néanmoins les éditeurs français sont prêts et ont toute l’expérience nécessaire pour développer des sites de contenus éducatifs numériques.

Par contre, ils craignent quelque peu la concurrence des portails éducatifs gratuits, en particulier ceux que l’institution scolaire (au sens large, les sites personnels des enseignants compris) peut ou pourrait créer dans un esprit de partage des savoirs et sur le principe des archives ouvertes (dont l’exemple le plus abouti est le site de ressources pédagogiques en ligne de l’Institut de technologie du Massachussetts – MIT, baptisé OpenCourseWare). *

Cette concurrence vient aussi de nouveaux venus, tel que Lelivrescolaire.fr. Conçus grâce à une chaîne de production numérique, les manuels de ce « techno-éditeur » sont les premiers dont la version papier et la version numérique sont publiés simultanément, sans générer de surcoût supplémentaire. Ces manuels sont totalement gratuits et libres d’accès sur le site Internet, l’éditeur se rémunérant en vendant la version papier de ses manuels. Ils sont personnalisables par les enseignants qui peuvent y insérer leur propres cours. Les élèves peuvent également faire leurs exercices en ligne et les professeurs ont la possibilité de corriger ces exercices directement depuis le site Internet.



 Les sites d’encyclopédie

Internet a bouleversé le marché des dictionnaires et encyclopédies : la recherche documentaire y est aisée, presque totalement gratuite (du moins pour les besoins du grand public). Du coup, le marché des produits encyclopédiques édités s’est effondré et recentré sur deux types de produits : des ouvrages le plus souvent encore imprimés (mais dont il peut exister des versions numériques) destinés au grand public, à un prix abordable et pouvant être régulièrement remis à jour (Petit Larousse illustré, le Robert, et quelques produits scolaires), de l’autre des produits plus spécialisés destinés à un public exigeant, universitaire et auxquels les établissements d’enseignement s’abonnent : l’Encylopaedia universalis ou de la New Encyclopaedia Britannica pour les encyclopédies générales ou des ouvrages strictement universitaires et très spécialisés (à l’exemple des Presses universitaires de France).

Bien évidemment, les éditeurs d’encyclopédies spécialisées, surtout en des domaines où le renouvellement des contenus est constant (droit, médecine, sciences…) ont très largement investi Internet.

On peut citer par exemple :

Pour le droit : Lexis Nexis et le Jurisclasseur :
http://www.lexisnexis.fr/produits_services_droit/jurisclasseur.htm
mais également les bases de données de Dalloz, les répertoires tirés de son encyclopédie et son blog (http://www.dalloz.fr/). Mais les autres éditeurs ne sont pas en reste : Litec, La revue fiduciaire, les Éditions juridiques associés ont leurs sites et produits numériques.

Pour la médecine : EMC- Consulte : http://www.em-consulte.com/

(par ailleurs, la plupart des titres publiés chez Masson et Reed-Elsevier sont disponibles sous une forme numérique et, plus généralement, tous les éditeurs de revues de médecine publient ces revues sous une forme électronique).

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http://www.puf.
com/




http://www.cairn.
info/accueil.php

Plus généralement, les éditeurs se sont largement emparés de ce formidable outil qu’est Internet pour se faire connaître et proposer leurs catalogues sur le web. Aujourd’hui, le web 2.0 leuroffre de nouvelles opportunités pour transmettre et échanger des savoirs. Le nouveau site des PUF est très représentatif de cesévolutions : les auteurs peuvent y remplir et modifier leurs fiches bio-biliographiques et y publier des textes inédits ; tables des matières et débits d’articles sont données en lecture ; un forum des idées est ouvert aux internautes, etc. :

Enfin les portails de revues numériques (par exemple : Cairn ) ont fait entrer dans les mœurs la logique du paiement à l’unitéd’articles (pay-per-view).



3. Les enjeux du livre numérique













On assiste donc aujourd’hui à la naissance d’un nouveau marché

























Les précurseurs


L’apparition du livre numérique conclut une métamorphose engagée depuis une vingtaine d'années et qui a vu successivement naitre la suprématie de l'ordinateur, l’informatisation de l'imprimerie, l’apparition du  web et celle des “écrits d'écran” et des premières pratiques de lecture numérique, l’apparition des moteurs de recherche, celle de la librairie en ligne et enfin la numérisation des bibliothèques et des livres d'édition. Cette métamorphose est souvent présentée dans une logique de substitution au livre imprimé : elle traduirait le basculement irréversible de la culture et de l’information dans une économie de l’immatériel, rendant caduques les objets culturels (livres, CD, DVD).

Les livres numériques d’aujourd’hui sont lisibles sur des supports multiples et standards : ordinateur, « readers » ou liseuses, assistants personnels et même téléphones mobiles. Ils ne sont ou ne seront pas forcément téléchargeables uniquement par Internet : le réseau téléphonique peut le faire. Ils utilisent  des formats spécifiques mais également des logiciels standard (le logiciel d’Adobe pour les documents en format PDF). Nombre d’entre eux peuvent se passer d’appareil magique et être lus sur son ordinateur. Mais un livre numérique ne se lit pas forcément en ligne sur Internet, il se télécharge et se lit ensuite. Un ordinateur, un assistant personnel, un « reader » électronique peuvent stocker plusieurs milliers de titres qu’on peut déplacer avec soi.



Ce marché est encore totalement balbutiant car il n’existe pas encore de stabilisation technologique (ce livre numérique sera-t-il plutôt lu sur des ordinateurs, des téléphones, des e-books (liseuses) ou des tablettes communicantes -  « kindle » ou « Ipad »  renvoient à des logiques contradictoires : un appareil dédié et un appareil qui permet la convergence des communications),  ni de modèle économique (Quel prix ? Quel canal de vente ? ) et qu’il ne concerne pour l’heure que quelques % du chiffre d’affaire du marché du livre. « Pourtant, la perspective du marché du livre numérique dicte pratiquement la stratégie économique et industrielle de l'ensemble de la chaîne du livre dans tous les pays concernés » (Françoise Benhamou, Livre numérique : quel modèle économique pour un changement de paradigme ?).

Le problème est en effet que, si les éditeurs maîtrisent la fabrication du livre imprimé, la conception et surtout la commercialisation du livre  numérique leur échappent en partie. D’une part parce que la lecture passe par l’intermédiaire d’une machine : fabricants d’ordinateurs, de téléphones ou de tablettes portables, de liseuses entrent donc dans la course. Ensuite ces appareils utilisent des formats informatiques qui ne sont pas exactement ceux utilisés par les éditeurs pour l’impression. Il faut développer un ou des formats de lecture en adéquation avec ces machines. Enfin, au cœur de cette stratégie se trouve la question des plates-formes numériques sur lesquelles les acheteurs se connecteront pour télécharger ces livres. Si les éditeurs souhaiteraient garder la maîtrise de leurs fichiers, de nouveaux venus viennent les concurrencer en ce domaine. Enfin, ces plates-formes permettront-elles aux librairies de rester dans la course et d’être, elles aussi, vendeuses de livres numériques ? De nouveaux canaux de vente peuvent en effet se créer et les court-circuiter.

De nouveaux entrants se positionnent donc sur le marché du livre numérique (acteurs des télécommunications, moteurs de recherche) tandis que de nouvelles formes de prescriptions voire d’écriture se cherchent.

Dès l’apparition des sites éditoriaux sur Internet, il faut souligner que si quelques éditeurs ont mis en ligne des extraits de textes, des bonnes feuilles, d’autres ont proposé en téléchargement gratuit des livres épuisés en version papier ou ont mis en ligne certains titres, dans une option quasi militante, persuadés que cela leur permettrait d’accéder à un nouveau public sans porter atteinte, au contraire à leurs ventes.

Pour le premier cas, citons les éditions de le Bibliothèque publique d’information BPI : http://editionsdelabibliotheque.fr/

Pour le second, citons des éditions de l’Éclat : http://www.lyber-eclat.net/ dont le responsable, Michel Valensi a écrit un court traité du « lyber », terme qu’il a créé pour désigner un livre mis à disposition de ces cyber-lecteurs : http://www.lyber-eclat.net/lyber/lybertxt.html

ou celui les éditions Agone : http://atheles.org/agone/lybers.html

mais aussi le nouveau label des éditions La Découverte, « Zones », lancé à l’automne 2007, http://www.editions-zones.fr/.

 


4. Des livres numériques, aux formats et techniques très divers : les liseuses et les tablettes

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


































































Lire : Hervé Le Crosnier, Pratiques de lectures à l'ère de l'ubiquité de la communication et du partage de la connaissance.


Pendant un temps, la question du livre numérique s’est focalisée sur les nouveaux procédés de l’encre électronique qui offrait de meilleures conditions de lecture et a permis de lancer toute une gamme d’appareil.

Mais une seconde gamme d’appareils de lecture voit le jour, lié à la convergence des techniques de communication. À défaut d’utiliser l’encre électronique, ces appareils sont aussi des lecteurs multimédias et permettent des connexions Internet ou téléphoniques.

Les liseuses


Les liseuses ou « readers » sont  “un support électronique en forme de tablette comportant une mémoire vive et permettant la lecture d'un texte sur écran” (Commission générale de la terminologie, janvier 2005).

Les liseuses sont donc de simples supports de lecture, mais aujourd’hui rendus plus interactifs grâce à des connexions Wifi ou 3G et au téléchargement de contenus. Elles offrent désormais une capacité de stockage conséquente, la possibilité de prise de note, un déplacement plus aisé dans l’ouvrage grâce aux sommaires et une possibilité d’agrandir les caractères. Les derniers modèles peuvent avoir des écrans tactiles et peuvent aussi charger des fichiers mp3.
Elles utilisent en général le procédé de l’encre électronique qui donne une bonne résolution d’écran et facilite la lecture.

L’invention de l’encre électronique (la « e-ink »), parfois aussi appelée papier électronique a apporté un plus considérable et transformé totalement le marché du livre numérique par rapport aux premiers appareils spéciaux, livrés au tournant des années 2000.  Là où un écran propose 72 points par pouce de résolution (dpi), cette encre ou ce papier électronique pourrait aller jusqu’à 200 dpi, ce qui est proche de la résolution typographique.

Deux grandes familles de technologies existent.  L’encre électronique, à proprement parler, a été inventée dans les laboratoires du MIT (Massachusetts Institute of Technology). Son principe repose sur des microcapsules qui, enfermées dans un support plastique de quelques microns d’épaisseur, font apparaître ou disparaître un texte ou une image selon l’information électrique qu’on leur envoie. Les appareils qui en découlent doivent permettre une parfaite lisibilité, y compris au soleil (ce qui n’est pas le cas d’un écran d’ordinateur), avec un affichage stable et sans rétro-éclairage (à la différence des écrans) et allier légèreté et souplesse. Le principe est simple, peu gourmand en énergie (parce qu’il ne consomme pas d’énergie une fois que la page est affichée, tant que celle-ci n’est pas rafraîchie par une autre page) mais, en revanche, il cependant un appareil nouveau pour le lire. D’où de multiples accords entre la société qui commercialise cette technologie (http://www.eink.com/) avec les fabricants électroniques et industriels de la communication. Le lecteur de Sony ou le Cybook de la société Booken utilisent cette technologie.

Une seconde famille de produits utilise un autre procédé, cette fois à base de cristaux liquides mais ceux-ci ont été transformés pour se passer du rétroéclairage des écrans.

De nombreux lecteurs sont issus, soit de l’une soit de l’autre de ces technologies. Dès octobre 2006 aux États-Unis, Sony avait lancé sa première tablette de lecture, le Sony Reader (dont le nom complet était Portable Reader System 500) : cette tablette était capable de stocker et d’afficher plusieurs centaines de livres téléchargeables sur Internet. Son prix (environ 275 € lors de son lancement) la rendait encore inaccessible pour le grand public. De nombreuses autres sociétés suivaient, y compris d’autres prototypes expérimenté avec des quotidiens (par exemple avec le journal français Les Écho) qui visaient plus le marché des quotidiens et journaux et étaient (voir plus loin) des lecteurs très légers et flexibles, sortes de tablettes e-papier souples, feuilles souples voire flexibles qui permettaient le défilement des pages d’un journal, d’une revue (ou d’un livre).

Dès la fin de 2009, une vingtaine de liseuses étaient diffusées : la plus vendue était celle d’Amazon, surnommé « Kindle »  - dont il existait plusieurs versions -. Aux  États-Unis, ce Kindle s’octroyait 60 % de part du marché des « readers », devant Sony (35 %) qui commercialise aussi plusieurs versions.

Mais derrière ces deux appareils, d’autres sont apparus un peu partout. Même si le marché est naissant en France (en pleine expansion outre-Atlantique, il reste encore à ses balbutiements dans l'Hexagone où il se vend moins d'une centaine de milliers de ces appareils chaque année) il faut constater qu’il est fort encombré et que presque tous les intervenants potentiels proposent un lecteur : sociétés vendant des contenus culturels par Internet qui ont leurs propres projets, de manière autonome, comme Amazon déjà largement cité ou Barnes & Nobles qui a son propre lecteur, Nook, les divers Cybook de la société française Booken, sans parler des lecteur Samsung ou Fuji ou des appareils sortis ou annoncés par d’autres sociétés informatiques. Bref, les modèles disponibles se multiplient, certains étant tout de même réservés à tel ou tel marché et non disponibles internationalement (par exemple, le Nook de Barnes and Noble n’est pas encore commercialisé en France. En 2011, il existe plus de quinze liseuses commercialisées sur le marché français ;  les 4 liseuses les plus courantes sur le marché français étant celles d’Amazon qui y commercialise son Kindle, le Cybook Odyssey de Bookeen distribué par Virgin Mega Store, le Kobo de la Fnac et la nouvelle version du Reader de Sony, toutes 4 utilisant le procédé de l’encre électronique.

Cette affluence d’appareils et cette arrivée sur le marché d’entreprises et constructeurs puissant ont des conséquences. D’ores et déjà, certaines des premières petites sociétés qui avaient inauguré ce type de lecteurs ont dû déposer leurs bilans  (par exemple la société  iRex, fabricant du lecteur iLiad). En revanche, concurrence aidant, chaque gamme d’appareil voit ses prix baisser très rapidement, ce qui renforce leur attractivité.  

Ces lecteurs spécifiques sont aujourd’hui concurrencés par une autre gamme d’appareils. 

Les tablettes multimédias et téléphones portables

À côté de ces readers » il existe une autre offre car les fabricants d’ordinateurs et ceux des téléphones portables ont exploré d’autres pistes. Ces entreprises sont en effet intéressées par la convergence de l’ensemble des pratiques de communication sur un seul appareil. Apple, fort de son expérience avec les iPods et iPhones, a été la première entreprise de ce type à inaugurer ce marché des tablettes, capables de lire un texte numérique mais aussi d’accéder à Internet, de visionner un film, d’écouter de la musique.

L’iPad a été commercialisé aux États-Unis le 3 avril 2010 et a enregistré le jour même 300.000 ventes et un million d’exemplaires en un mois, soit un score supérieur à celui du lancement du i-Phone. Et dès le 8 avril, quelques 600.000 livres numériques avaient été téléchargés sur cette tablette à écran tactile. Le palmarès n’en était pas très original : il correspondait aux meilleures ventes de livres imprimés, dont une adaptation graphique de Twilight par la Coréenne Young Kim, qui était aussi téléchargeable sur i-Phones.

Ces tablettes numériques sont des supports électroniques permettant la lecture de fichiers multimédia numériques (livres, musiques, DVD, photos, etc.),  avec des connexions Wifi ou 3G (4G pour le marché américain), une navigation Internet, la possibilité de jouer, de consulter ses mails ou de télécharger tous types de contenus. Elles sont équipées de systèmes informatiques comme Windows 7, Androïd (Google) ou iOS (Mac) et offrent des écrans tactiles. Leurs dimensions peuvent varier du téléphone portable au “miniordinateur” mais la réussite du iPad a généré une sorte de norme de format réemployé par la plupart des constructeurs présents sur ce marché. Grâce à cette pluralité des usages, les tablettes numériques sont plus interactives que les liseuses dont la vocation première demeure la lecture de livres numériques

Par ailleurs, ces tablettes font rêver les éditeurs de presse. Leurs écrans très larges (presque un format A4) met en avant le contenu et reproduit l’expérience du papier sans l’éclatement des informations d’Internet et avec un superbe rendu des illustrations. Reliée à Internet, elles permettent d’actualiser le contenu et d’offrir la fraîcheur du Web ainsi que le son et l’image, leur système de paiement est adapté et simple, assez peu onéreux, et une publicité interactive et géolocalisée y est possible. Enfin, ces tablettes évitent tous les coûts d’impression, de distribution et de retour qui représentent de 45 à 75 % des dépenses de presse selon les titres. De nombreux patrons de presse croient y déceler leur salut : presque tous les journaux ont ou travaillent aujourd’hui à leur version sur iPad. L’avantage pour eux, est que l’iPad ramène les lecteurs dans l’univers du quotidien, avec des pages hiérarchisées, au contraire des sites Internet qui ont déstructuré les journaux. Les tablettes offrent donc la « couleur » et la forme du journal tout en l’enrichissant de vidéos et de sons. Enfin, elles supposent des abonnements : les lecteurs y vont donc en mode payant, au contraire des sites Internet (bien que cette gratuité soit aujourd’hui remise en question).

En France, le journal Les Échos, qui s’était lancé le premier avec une édition sur readers, a immédiatement construit une édition « premium », disponible sur Ipad avec un journal permanent actualisé 5 fois par jour. Le Monde, Libération, et tous les autres journaux etc. ont aussi leurs éditions sur iPad.

Si l’iPad ne fait pas téléphone, en revanche, de nombreux téléphone portable et tous les appareils de type Smartphone permettent la lecture, sous réserve évidemment que le texte ou les images soient adaptés à la taille des écrans.  De fait, les Smartphones étaient dès 2009/2010 les premiers appareils de lecture au monde, en particulier grâce à la lecture par les préadolescents et adolescents des BD et mangas sur ces appareils. Au Japon, les romans sur mobiles, tapés depuis le clavier numérique d'un téléphone portable et lus sur les petits écrans avant d'être édités en version papier pour les plus populaires, sont en train de devenir une forme artistique à part entière.

En 2011, le marché des tablettes tactiles rassemble déjà une trentaine de références et au moins 4 systèmes d'exploitation différents. Tous les constructeurs informatiques ou téléphoniques suivent
et les fabricants des consoles de jeu japonais semblent également intéressés par ce type de marché de même (Gallimard a testé en 2010  un partenariat avec la branche française de Nintendo pour créer une cartouche regroupant 100 livres classiques, la console se transformant alors en lecteur de livre numérique. Mais si cette formule a connu un succès en Angleterre et au Japon, les résultats en France ne semblent pas avoir été concluants). Enfin, la société Google, qui commercialise déjà des livres numériques, a sorti des téléphones portables de type Smartphone permettant d’utiliser Google Books parallèlement à, la mise en service d’une nouvelle plate-forme de livres électroniques « ouverte » permettant d’accéder à des formats pour tous types d’appareil.

Ce type d’appareil semble séduire fortement le public : en septembre 2010, un sondage de l’organisme BVA réalisé pour le journal La Tribune affirmait que 4 à 5 millions de Français avaient l’intention d’acheter une tablette de ce type, dans les douze mois. Ce chiffre était surestimé mais il révélait un effet générationnel important : les 15/24 ans étaient  la tranche d’âge la plus intéressée, confirmant la « culture des écrans » fortement mise en évidence par l’enquête 2008 sur les pratiques culturelles des Français. En 2010, il s'est tout de même vendu 435.000 tablettes pour un chiffre d'affaires de 220 millions d'euros et on table sur 1 million de ventes en 2011.

Une complémentarité de marchés

Devant cette offre exponentielle d’appareils et de formats divers, il y a lieu de penser qu’on utilisera vraisemblablement tous les types d’appareils selon les préférences et les moyens de chacun.

Qui le remportera entre tablettes et liseuses ?

D’un côté on peut penser que les tablettes sont plus polyvalentes et plus communicantes : « Cependant les outils généralistes, qui sont à la fois communicants, d'annotation, de travail… – principalement l'ordinateur portable et le téléphone mobile – ont de l'avenir. Ils permettent non seulement l'interopérabilité des contenus, mais surtout celle des pratiques. Le mot-clé aujourd'hui chez tous les fabricants de matériel c'est ATAWAD : Any Time, AnyWhere, Any Device. » -

[Any Time, AnyWhere, Any Device : en français, « Tout le temps, n’importe où et quel que soit l’appareil »]

De l’autre, les liseuses offrent un confort de lecture réel et n’en en sont encore qu’à leur début, le noir et blanc de leurs écran n'étant qu'une étape. La couleur arrive et si elle est couplée à la vitesse, elle permettra d’élargir la lecture sur ces appareils à de nouveaux types de contenus : magazines, livres illustrés, livres pour enfants. Le premier modèle de cette génération d'écrans devrait être commercialisé en décembre 2011 aux Etats-Unis. Enfin, de nouvelles technologies, concurrentes à l'encre électronique, sont en préparation : une nouvelle génération d’appareils est en attente et renouvellera profondément l’offre des liseuses.

 

 


5. Le livre numérique, état du marché en 2011

 

 

 

 

 

 



Les lancements de ces appareils ont pour l’instant eu des résultats mitigés sur la vente des livres numériques en France. L’édition de livres numériques ne représente encore qu’un peu plus de 1 % du marché de livres français en 2011, alors qu’elle se situe  déjà entre 9 et 10 % du marché aux États-Unis ((contre 3 % du marché du livre 2009 , c’est dire son extraordinaire est en ce pays, où en février 2011, les ventes de e-books ont dépassé les ventes de livres de poche).

Plusieurs facteurs peuvent expliquer ce fait. D’une part, l’achat de liseuses reste encore faible en France, et les utilisateurs de tablettes privilégient plutôt la presse ou Internet. D’autre part, contrairement aux Etats-Unis, la densité des librairies demeure forte, ce qui permet un approvisionnement facile et conseillé des livres.

Un autre facteur qui peut freiner la montée en puissance des ventes de livres numériques est l’absence d’un format unique de livre numérique à cause des DRM qui sont attachés à ces formats et en rendent difficile la lecture sur d’autres appareils que ceux pour lesquels on les a achetés, sauf à procéder à des réglages informatiques un peu fastidieux. Le format EPUB qui est un format standard pour la publication digitale, adopté par tous les éditeurs, et est donc le format prédominant sur le marché du livre numérique aujourd’hui puisque quasiment tous les fabricants de liseuses le supportent, n’est pas lu par tous les appareils qui ne le supportent pas de la même façon… avec des fonctionnalités présentes chez certains et absentes chez d’autres.
Enfin, l’existence de formats propriétaires, liés spécifiquement à un appareil unique (c’est le cas pour les livres numériques vendus sur Amazon, faits pour être lus sur le Kindle) parachève ces difficultés. Autrement dit, le lecteur qui achète une liseuse est obligé de s’en tenir à une seule source pour l’achat de livres, du moins pour tous les livres récents qui paraissent sous un format protégé, chacun des formats s’excluant mutuellement. Le lecteur du Kindle d’Amazon doit acheter ses livres sur Amazon, sans possibilité de le faire ailleurs, et l’acheteur d’un app-livre sur iPad, ne pourra pas son achat sur une tablette Android  ou un ordinateur qui tourne sur Windows.

L’interopérabilité des différentes formes de livres numériques sur le marché n’est donc point un fait acquis et ces systèmes bridés ont certainement limité le succès potentiel de ces appareils et a reproduit ce qui s’est passé dans la vente en ligne de fichiers musicaux longtemps bridés par des DRM.

Enfin, les éditeurs ont, jusqu’à 2010 compris, hésité à se lancer sur ce marché du livre numérique, de très nombreuses questions étant à traiter. Il leur faut déjà fois entamer la numérisation rétrospective de leurs fonds, adapter leur flux de production en y intégrant le XmL pour la publication de leurs nouveautés (ce qui permet à partir du format XmL de produire des fichiers PDF imprimeurs pour la publication des livres au format papier et des fichiers ePub pour les versions numériques, avec comme objectif de sortir les nouveautés en format papier et en numérique.)

Il leur faut aussi travailler avec des développeurs pour définir des standards de référence numérique : si l’ePub s’impose comme le standard de référence pour le texte sur ordinateurs ou liseuses, l’arrivée de l’iPad puis de toutes les autres tablettes et le succès des Smartphones les oblige aussi à proposer des applications sur ces appareils. Elles nécessitent alors des développements pour être compatibles avec les différents systèmes d’exploitation actuellement utilisés, notamment iOS et Android. Malgré le coût que cela représente, et la difficulté de se rendre visible face aux autres contenus (jeux, services, outils), les éditeurs investissent cependant pour offrir au lecteur des objets dérivés du livre papier, dotés d’une certaine interactivité (par exemple : livres illustrés, livres pratiques).

Enfin, de nombreuses incertitudes pèsent ou ont pesé sur d’autres aspects. L’édition numérique oblige déjà à négocier ou renégocier les droits pour cette édition avec les auteurs, le contrat d’édition numérique devant faire l’objet d’un contrat séparé. Elle se vend ensuite sur Internet ou via des portables (tablettes ou Smartphones) par l’intermédiaire de différents acteurs qui peuvent aussi bien être les éditeurs eux-mêmes que des libraires ou des moteurs de recherche ou des fabricants d’appareils. Quels canaux de vente choisir ? Dans tous les cas, il faut constituer des plates-formes susceptibles de s’intégrer à des sites Internet. Enfin, il faut convenir du prix de vente de ces livres numériques et convenir également de la rémunération de l’intermédiaire.




 6. Qui vendra les livres numériques ?


A quel prix ?

 


Outre le fait qu’il faut d’abord créer ces livres dans divers formats numériques, la vente de ces ouvrages oblige aussi construire des plates-formes de téléchargement, avec des possibilités de recherche multiples, intégrables à d’autres sites (sites de librairies, de bibliothèques…). Selon certains éditeurs ou vendeurs, il faut éventuellement protéger les œuvres des duplications possibles en utilisant des DRM qui vont statuer sur le nombre de copies possibles ou, s’il s’agit de livres accessibles aux usagers sur des portails de bibliothèques sur la chronodégradabilité des ouvrages téléchargés : auquel cas l’usager peut lire ce livre dans la même durée de temps qu’un prêt normal. La période du prêt terminée, la lecture n’est plus possible.

De leur côté, les vendeurs de livres numériques doivent également proposer des sites de ventes permettant de multiples recherches et susceptibles d’intégrer des contenus qualitatifs (conseils, analyses, etc.).

Chaque groupe éditorial a tendance à constituer sa plate-forme de téléchargement et à essayer d’y agréger plusieurs autres éditeurs, à charge pour les librairies de développer leurs propres interfaces avec chacune de ces plates-formes. Plus le nombre de ces plates-formes sera élevé, plus il y a le risque d’avoir un grand nombre d’interfaces à constituer.

De leur côté, les libraires essayent de na pas être en reste et, par exemple on peut citer la nouvelle société, E-Pagine (http://www.epagine.fr), filiale de Tite-Live, qui se positionne, pour l’éditeur, comme fabricant au format E-pub et entrepôt d’agrégation et, pour le libraire, comme plateforme de distribution, tandis qu’Aligstore, autre filiale de Tite-live crée des modules de vente de livres numériques sur les sites Internet des libraires. D’autres libraires sont très avancés pour la vente en ligne de livres numériques (http://www.librairiedialogues.fr/aide/ebooks/ ). Ces interfaces représentent toutefois un certain coût de développement.

Certaines solutions collectives existent : du côté des éditeurs, on assiste à certaines constructions communes. Numilog, ( http://www.numilog.com/ qui a été racheté par Hachette) pour donner un exemple, a négocié avec une soixantaine d’éditeurs français ou étrangers, grand public ou spécialisés (La Découverte, Reed-Elsevier, Oxford University Press) et offre d’ores et déjà environ 60.000 titres au téléchargement (en 2011) dont l’essentiel est encore composé de livres universitaires mais avec une progressive montée en puissance d’ouvrages littéraires (surtout ceux du groupe Hachette). De son côté, Gallimard s’est associé à La Martinière et Flammarion pour organiser sa propre plate-forme, Eden. Enfin, E-Plateforme émane du groupe Editis mais y associe également le groupe Média-participation et Michelin.

Chacune de ses structures permet de mettre en place un entrepôt numérique commun (métadonnées, DRM, PLV numérique, e-books), pour assurer le lien entre éditeurs et libraires. Un accord récent garantit d’ailleurs l’interopérabilité des plates-formes E-Plateforme, Eden et Numilog ce qui permettra aux libraires d’afficher sur leur site, dans un même espace, l’ensemble des publications numériques en provenance de ces trois pôles. Mais à côté de ces plates-formes regroupant plusieurs éditeurs, d’autres maisons construisent leurs propres solutions (par exemple Eyrolles, qui a créé une plateforme dédiée, Izibook pour le téléchargement de ses livres numériques sous format pdf : http://izibook.eyrolles.com/

De même, du côté de la distribution, la société DILICOM, service interprofessionnel destiné depuis 1989 à faciliter le développement des Echanges de Données Informatisés (EDI) dans le secteur commercial du livre et outil destiné aux distributeurs et aux libraires, a construit un hub numérique, visant à offrir un point de connexion unique à tous les détaillants et à leurs fournisseurs, de manière à permettre une circulation pérenne des métadonnées dans un format universel et à ainsi gérer les commandes de livres numériques depuis leurs sites internet. Mais toutes les plates-formes éditoriales et toutes les librairies ne passent pas aujourd’hui, par ce hub.

Enfin, rappelons que pour les bibliothèques, il faut aussi constituer des interfaces particulières pour mettre à disposition des ouvrages numériques, ceux-ci ayant intégrés des dispositifs de chronodégrabilité. Par exemple, les sociétés Numilog (http://www.numilog.com/bibliotheque/catalogue/ ) ou Bibliovox (http://www.bibliovox.com/ ) proposent des plateformes de documents numériques, intégrable au portail documentaire des SIGB et un ensemble de documents numériques dont les droits ont été négociés avec les éditeurs et qui sont chronodégradables. Ce système de prêt chronodégradable intéresse même les sites marchands : le programme « Lending Library » qu’Amazon souhaite mettre en place consiste pour ce cybermarchand à proposer le prêt d'un ebook par mois.

Éditeurs et libraires s’attachent donc à être présent sur la marché du livre numérique et à garder, pour les premiers, la maîtrise de la production numérique de leurs ouvrages et pour tous les deux, une relation de conseil et de une communication avec les acheteurs. En effet, qui accompagne la présentation des livres sur Internet ? Qui les conseille ? Quelle forme de conseil d’ailleurs donner ? Il faut créer une forme de feuilletage en ligne, donner des extraits, publier des commentaires, des vidéos, des blogs, créer une interactivité entre usagers, etc. pour suppléer l’absence humaine. Éditeurs et libraires peuvent d’ailleurs entrer en concurrence pour créer ces portails et renvoyer ensuite aux livres numériques : Hachette a ainsi lancé MyBoox, site de promotion non strictement marchand, qu’il souhaite ouvrir aux autres éditeurs (http://www.myboox.fr) avec des liens vers les libraires en ligne, fil d’actualité, espace communautaire.

Mais à côté de ces propositions qui émanent d’acteurs de la chaîne du livre, d’autres émanent des sociétés informatiques : Apple, Google proposent de vendre en direct les ouvrages numériques. Ces entreprises illustrent l’apparition de nouveaux protagonistes dans la chaîne du livre et inquiètent ses acteurs traditionnels. Toute la question est de savoir qui, dans le futur proche, va diffuser ces livres : le réseau des librairies, des plates-formes éditoriales spécifiques, de grands sites de vente en ligne (du type d’Amazon), des moteurs de recherche (Google) ou des fabricants d’ordinateurs (Apple, son I-pad et son App store) ?

De plus la question se pose de l’exclusivité ou non d’un catalogue : les livres numériques d’un éditeur seront-ils commercialisés par toutes les plates-formes ou seront-ils réservés à un vendeur particulier ? Aux Etats-Unis, un agent littéraire, Andrew Wylie a un temps décidé de créer sa propre maison d’édition pour commercialiser les livres numériques des auteurs qu’il représente avec l’idée que ces ouvrages seraient proposés en exclusivité sur Amazon pour les Kindle de cette société. Cette initiative a été vivement contestée par les éditeurs américains et, en France, a causé une vive réaction du président du SNE, Antoine Gallimard. Même si, au contraire des Etats-Unis, les éditeurs français restent propriétaires des droits électroniques. Antoine Gallimard s’est inquiété de voir ainsi se renforcer la position dominante d’Amazon et a rappelé le travail classique des éditeurs : les ventes de livres numériques étant encore très dépendantes de celles sur papier, l’édition numérique est une sorte de « parasite » du livre traditionnel, se contentant d’exploiter la valeur du travail éditorial sur papier. Cette initiative a été abandonnée devant cette vive réaction mais la possibilité  d’une telle mesure reste réelle. Sans aller à cette extrémité, la campagne de publicité du groupe Hachette, durant l’été 2010, sur son partenariat avec Apple, insistant sur ces livres « déjà disponibles sur Ipad », a été très mal vécue par les libraires français. Ceux-ci ont fait remarquer qu’ils avaient largement contribué à lancer et faire vivre ces livres et qu’avant d’être disponible sur une console numérique, ils étaient disponibles dans toutes les librairies.

Les dernières questions portent enfin sur le prix et la rémunération de chaque acteur, distributeur, éditeur, et pour commencer celle des auteurs. Le prix sera-t-il fixé par les éditeurs ou par les plates-formes de diffusion (Apple a imposé sa gamme de prix aux grands éditeurs américains) ? Seront-ils variables ? Seront-ils inférieurs ou égaux aux prix des livres papier (pour l’instant, on s’oriente plutôt vers des prix inférieurs puisqu’il n’ya, une fois le fichier numérique créé, aucune autre fabrication, mais ce faible coût peut aussi tirer les prix des livres physiques vers le bas ou rendre ceux-ci nettement moins attractifs). Seront-ils soumis en France à la TVA livres ou à celle des produits audio-visuels ? Quel sera le taux de rémunération des auteurs ?

Pour la France, la loi du 26 mai 2011 sur un prix unique du livre numérique a indiqué que les éditeurs fixaient ce prix et qu’il était unique « Toute personne établie en France qui édite un livre numérique dans le but de sa diffusion commerciale en France est tenue de fixer un prix de vente au public pour tout type d'offre à l'unité ou groupée. Ce prix est porté à la connaissance du public. ». Un autre article indique que « Le prix de vente, fixé dans les conditions déterminées à l’article 2, s’impose aux personnes proposant des offres de livres numériques aux acheteurs situés en France ». Un décret publié en novembre 2011, relatif au prix unique du livre numérique a précisé les caractéristiques du livre numérique et défini les critères qui peuvent faire varier ces prix (selon que le livre numérique est enrichi ou non d’ajouts, multimédias par exemple), et il a également déterminé les modalités d'affichage des prix pour le consommateur.

Ces textes concernent aussi bien les œuvres vendues par téléchargement que par streaming. La clause d'extraterritorialité, c'est-à-dire la possibilité pour les éditeurs de faire appliquer un prix unique aux éditeurs et distributeurs étrangers, a été conservée dans ces textes. Cette clause oblige les groupes comme Google ou Amazon qui proposent des livres numériques à des acheteurs français d’adopter le prix décidé par les éditeurs, sans possibilité de remise. Enfin, le taux de TVA appliqué au livre numérique doit être celui du livre (en voie, sauf contrordre de passer de à 5.5 % à 7 % au 1er janvier 2012, mais dans tous les cas il devrait y avoir une égalité fiscale entre le livre papier et numérique).

Cette loi peut être remise en cause : la clause d'extraterritorialité devrait être contestée par la commission européenne car elle est difficilement compatible avec le droit européen. Et le taux de TVA réduit est aussi susceptible d’être contesté car pour la commission européenne le livre électronique ne fait pas parti des secteurs pouvant bénéficier d'une TVA réduite. Pour appliquer cette mesure à un nouveau secteur il faut pour la France obtenir l'accord des autres états membres.

Reste à définir la part de rémunération qui sera demandée par les sites de vente aux éditeurs, sur un livre numérique, dont le prix, les éditeurs s'accordant largement sur ce point, devrait être inférieur à celui du livre papier. De ce point de vue, les discussions sont en cours et assez âpres : Apple par exemple a réclamé dans un premier temps 30 % du prix de vente des livres ou des abonnements presse passant par son App Store, Google a fait des propositions moins onéreuses, etc.






7. De nouveaux éditeurs

Le livre numérique a permis à de nouveaux intervenants d’apparaître dans le domaine de l’édition. Certains des grands sites de vente et des fabricants de systèmes d’exploitation pour tablettes et portables, outre le rôle d’intermédiaire entre les éditeurs et leurs clients, sont tentés par l’édition sous leur marque (Amazon). Plus simplement, des éditeurs qui se dédient uniquement au numérique se sont créés, spécialisés parfois sur un certain type d’appareil ou d’application.

Surtout, de très nombreux sites se sont spécialisés dans l’auto-édition (http://www.manuscrit.com/ , http://www.lulu.com/fr/, http://fr.blurb.com/ par exemple). Ils proposent aux auteurs de mettre en page leur manuscrit, grâce à un logiciel accessible sur leur site, et ensuite de commercialiser leur livre, l’auteur se rémunérant sur les ventes réalisées et le site touchant une commission sur chaque vente. En fait le travail éditorial est le grand absent de cette offre : pas de sélection, ni de travail avec l’auteur. Cette auto-édition est largement sollicitée par les sites de vente et le nombre de livres autoédités a, aux Etats-Unis, dépassé désormais le nombre de livres édités.

D’autres sites mettent en ligne des projets et associent les internautes au choix des livres qui seront finalement édités, voire font appel au « crowdfunding » c’est-à-dire qu’ils demandent aux internautes de participer au financement des projets, à l’image de ce qui se pratique dans d’autres domaines (musique, cinéma, journalisme…) : http://www.sandawe.com par exemple.

Ce principe intéresse même des éditeurs installés : le groupe Média Participations (Dargaud, Dupuis, Le Lombard) s’associe avec le site My Major Company, bien connu des amateurs de musique pour le financement des projets musicaux par les internautes, pour lancer MMC BD sur le même principe, mais appliqué a la bande dessinée : http://www.mymajorcompanybd.com/

Enfin, des initiatives originales apparaissent sur Internet pour diffuser des contenus que les grands éditeurs d’aujourd’hui ont du mal à accueillir. Ils jouent, comme pour des sites de revues, un véritable rôle éditorial de recherche et de création. Citons par exemple le site Publie net (http://www.publie.net/ ), animé par François Bon, qui publie des auteurs contemporains parfois reconnus, souvent inconnus, mais sur sélection et qui inventent des offres d’écriture et de livres pour « dire autrement le monde ».





8. De nouveaux contenus

Enfin, le livre numérique n’est pas uniquement la transposition sur écran du livre papier. Si le livre dit « homothétique » qui correspond à la reproduction à l’identique d’un livre papier en format numérique est aujourd’hui le type d’ouvrage le plus communément disponible, des « livres enrichis » qui utilisent l’interactivité des liseuses ou des tablettes pour enrichir le texte par des image, des sons, des vidéos, une « réalité augmentée », et tout ce que les technologies numériques permettent (ou permettront) apparaissent. Ce type de livre pose d’ailleurs problème quand on définit le livre numérique dans les lois sur la TVA ou le prix unique…

Ces ouvrages « transmédias », ces « livres augmentés » ou « enrichis » de contenus multimédias pour la lecture sur portables ou sur tablettes participent fortement à l’attractivité des tablettes liseuses ou Smartphones. Des sociétés comme les éditions i-Gutenberg (http://www.i-gutenberg.com) ou la société Hibook conçoivent par exemple des applications pour enrichir les œuvres destinées aux i-Phones et I-Pads. L’enrichissement de ces livres peut être interactif : l’éditeur américain Dynamic Books prévoit de mettre prochainement en service des manuels que les professeurs pourront modifier pour les besoins de leur enseignement (http://dynamicbooks.com/).

De même, bandes dessinées, et mangas font l’objet d’adaptations graphiques pour être lus sur ces écrans. On parle alors d’œuvres transmédias : histoire dont les chapitres sont diffusés sur différents médias (TV, Cinéma, Web, Mobile, …) et dont chaque chapitre est conçu spécifiquement pour le media qui le diffuse (avec une prise en compte de la participation des lecteurs qui peuvent intervenir sur le web), avec des points d’entrée multiples dans l’histoire qui sont proposés au spectateur (grâce aux liens hypertextes), avec des vidéos et bandes sons. Le livre numérique peut désormais s’intégrer à ce concept. Par exemple, le roman de Nick Cave conçu pour l’iPhone inclut le texte, un audiobook synchronisé, des vidéos, une bande son, etc. : http://www.thedeathofbunnymunro.com/audiobook.html . De même, le salon du livre de jeunesse de Montreuil de 2011 a été l’occasion pour présenter quelques projets très innovants en direction du public jeune : L'Herbier des fées, coédité par Albin Michel et Prima Linea, y a été très remarqué. On peut également citer les documentaires de Gallimard (La Coccinelle et La Forêt …) créés en partenariat avec StudioV2 et BBA ou les productions de e-Toiles éditions, tous disponibles (de même que l’ L'Herbier des fées) sur l'App Store d'Apple pour l'iPhone ou iPad.

Évidemment, les coûts de réalisation de ces livres nouveaux sont non négligeables et leur création suppose presque toujours un travail en commun entre éditeur « traditionnel » et éditeur numérique : ainsi, outre les exemples cités plus haut, l’association de Bayard avec le studio lyonnais Dig-Dog (spécialiste du jeu vidéo) ou celle de L'Ecole des loisirs avec Europa-apps pour ces productions de l’automne 2011.

Enfin, le modèle exclusif d'achat unique du livre papier peut aussi être remis en cause : le numérique se prête au morcellement du texte. Pourquoi acheter un livre entier si seul un chapitre m’intéresse ? Les documentaires, le livre pratique, le guide de tourisme se prêtent particulièrement à l’invention d’autres modes de consultation et de vente.





9. De nouvelles pratiques de lecture et de consommation

Ces nouveaux livres vont influer sur les modes de lecture et les habitudes des acheteurs de livres.

La première question est de savoir si les acheteurs de livres vont se tourner et à quel rythme vers les e-books et si ces derniers vont s’ajouter ou au contraire venir concurrencer les achats de livres imprimés. La musique numérisée est devenue la mode de consommation banalisée chez les jeunes, au détriment des CD. Assisterons-nous à un tel changement générationnel avec le livre numérique ?

Une enquête de mars 2010 menée par l’institut Ipsos (http://www.centrenationaldulivre.fr/?Le-livre-sera-t-il-numerique) démontrait qu’il existait encore de fortes résistances à la lecture de livres numériques et seulement 2 % de lecteurs déjà convaincus. Mais 12 % des personnes se déclaraient intéressées et selon cette étude, 19 % pourraient l’être, ce qui représente un public potentiel de 33 % des lecteurs.

Une autre étude, conduite aux États-Unis par Kelly Gallagher pour le compte du Book Industry Study Group semble prouver que les utilisateurs de e-books tendent à ne plus acheter de livres papier et que leurs motivations d’achat sont essentiellement guidées par de prix bas, alors même que ce sont plutôt des acheteurs fortunés !

D’autres questions peuvent porter sur les compétences et modes cognitifs de lecture : du livre à l’écran nous passerions d’un mode de lecture linéaire, avec de forts repères spatiaux à un mode digressif et parfois dérivant (lecture zapping). Là où le support du livre appelle réflexion et intériorité, le numérique déboucherait sur une lecture dispersant l’attention du lecteur, une lecture fragmentée, axée sur la recherche d’information, une lecture enfin plurimodale, juxtaposant textes, images et vidéos





10. L’avenir



Quel est donc l’avenir pour le livre aujourd'hui ? Ces nouvelles technologies feront-elles disparaître le livre que nous connaissons, dans sa forme actuelle et son support papier ?

A cette question, on ne peut apporter qu'une réponse nuancée. Les “produits lourds”, comme on les appelle dans l'édition (dictionnaires et encyclopédies, bibliographies ou annuaires) trouvent dans les produits numériques un support qui comporte bien des avantages : un très faible encombrement, bien sûr, mais surtout des possibilités de consultation, d'exploitation, de mises à jour supérieures à celles des éditions “papier”. La traduction de l'image est sans doute aussi de qualité supérieure. Et le public des enfants et des adolescents d'aujourd'hui, habitué aux jeux électroniques et vidéo, ne sera certes pas déconcerté devant les manipulations qui déroutent certains adultes.

Enfin, le livre numérique et les e-books vont toucher de nouveaux domaines et de usagers. De très nombreux ouvrages documentaires gagneront probablement à être consultés sous cette forme (possibilité d’accès direct à une information recherchée, d’annoter et compléter les données, etc.). Mais l’offre actuelle rencontre aussi un écho dans d’autres domaines : ainsi, une des premières catégories de livres numériques achetés, aux Etats-Unis, concerne les romans sentimentaux !

Cependant, cela ne condamne pas le livre imprimé. Ainsi, même dans le domaine des dictionnaires et des encyclopédies, l’existence des produits électroniques n’a pas totalement tari la demande des particuliers pour l’imprimé. Il n’y a guère que dans l’édition pour les professionnels, donc du côté des catalogues, bibliographies et annuaires que l’édition papier est abandonnée. Il faudra donc, dans le futur, plutôt envisager des complémentarités entre livre imprimés et livres numériques.

Par ailleurs, si éditer des produits multimédia pose des questions financières déjà évoquées, ce qui les réserve à des groupes disposant de moyens importants, d’autres aspects de ce travail renvoient à des questions que les éditeurs connaissent bien. Les problèmes de droits à gérer (images, textes et photos), les relations avec de très nombreux auteurs et surtout les problèmes de gestion d'équipes, ce type d'édition faisant appel à de multiples compétences, sont des aspects auxquels les éditeurs traditionnels ont l'habitude d'être confrontés, et où ils disposent d’un savoir-faire appréciable. De ce point de vue, on assiste aussi à une complémentarité de produits et de supports, le plus souvent édités par les maisons d’édition déjà installées. Mais inversement, de nouveaux entrants sont directement apparus dans le domaine du multimédia ou du livre électronique, Microsoft le premier, et ne sont pas en reste pour se lancer ensuite dans l’édition papier. Les produits apparus sur Internet font d’ailleurs aussi l’objet d’édition papier, à l’exemple de bandes dessinées dont les auteurs ont été repérés sur des blogs.

Dernier aspect, un certain nombre de questions apportées par le livre numérique peuvent faire l’objet d’une régulation. Le rapport de Bruno Patino puis le rapport Albanel remis en avril 2010 avaient largement listé des pistes d’intervention pour l’État, de manière à protéger éditeurs et libraires d’aujourd’hui : ils proposaient de fixer un cadre légal et fiscal au livre numérique avec un prix unique pour conforter les libraires, et de réduire la TVA sur le livre numérique pour l’aligner au taux  du livre imprimé. Catherine Albanel esquissait également les contours d’un grand portail du livre numérique : elle suggérait de créer un groupement d’intérêt économique (GIE) où l’État serait majoritaire via la BnF et qui rassemblerait les éditeurs, libraires et auteurs. La base de ce portail en aurait été Gallica.

Une loi sur le prix unique du livre numérique a finalement été votée en mai 2011, et son décret d’application paru. Ces textes et décisions risquent cependant de se retrouver en infraction avec la réglementation européenne en matière de libre concurrence et il n’est pas sûr que la France arrive à persuader ses partenaires européens de la suivre sur ces sujets.

Toutes les questions sont donc loin d’être tranchées. Outre les recours possibles de la Commission européenne,  les auteurs, par exemple, se mobilisent encore avec la SGDL pour défendre leurs droits. Car le montant du prix juste et équitable n’est pas vraiment défini et, dans la transposition au monde du numérique des dispositions actuelles du Code de la Propriété intellectuelle qui régissent les relations entre les auteurs et les éditeurs, un certain nombre d’auteurs militent pour un contrat d’édition numérique séparé avec une cession de droit limité dans le temps.

Par ailleurs, quelle sera la rentabilité de cette édition numérique et comment celle-ci influencera t-elle la rentabilité de l’édition imprimée ? Aujourd’hui, un éditeur peut faire, proportionnellement plus d’argent sur un livre numérique, car il n’a pas de frais d’impression, de stockage, etc. Mais si le livre numérique phagocyte le livre papier, les recettes globales seront-elles suffisantes ? L’édition  numérique va –telle alors largement se substituer à l’édition imprimée ou les deux resteront-elles en parallèle ? Cela affectera t-il pareillement tous les secteurs éditoriaux ?

Enfin, qui maîtrisera demain la filière du livre numérique ? Les éditeurs qui, jusqu’à aujourd’hui ont sélectionnés des manuscrits, créés des collections, fait travailler des auteurs ou de nouveaux venus qui savent numériser des produits, créer des plates-formes de diffusion électronique, protéger par des DRM les œuvres électronique, bâtir des moteurs de recherche, fournir au final les accès nécessaires à la masse des internautes ? Si l’avenir est incertain, l’édition en ce jour a encore toutes ses chances.
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